Le jardin d’Eden

 

 

Paris, mai 2062

Quatorze heures, encore un de ces embouteillages parisiens du début d’après-midi, j’aurai dû prendre l’aérobus. Quel intérêt de perdre une heure de plus alors que j’ai le droit de circuler aujourd’hui avec mon numéro pair ?. Décidément, je ne suis pas fait pour les grandes agglomérations. Au moins cet embouteillage peut me donner le loisir de consulter ma bible, à défaut d’avancer. Certains passages de la bible comme la Genèse ou l’Apocalypse selon Saint-Jean sont tellement pleins de symboles que je pourrais les lire des centaines de fois, juste pour essayer de décrypter la morale qui peut en découler. Quel a dut être le plaisir des auteurs que de conter l’histoire de la création du monde !

Ah! La file de voitures recommence à ramper sur le ruban de bitume, je vais donc caresser l’espoir de rentrer dans la capitale. Et dire que la DVH ( Direction des Vols Habités ) se trouve au nord de la ville, ce n’est pas pour me rapprocher. Bon, je vais quand même le prévenir de mon retard certain.

_ D.V.H. bonjour.

_ Allô ? Oui, pourriez-vous me passez M. Servant ?

_ C’est de la part de ? Répond la voix douce.

_ M. Séranil.

_ Attendez, je vous prie...

_ ..., Séranil ?

_ Oui, bonjour. Je serai en retard, encore des embouteillages.

_ Ce n'est pas grave, vous avez réfléchi à l’idée de partir ?

_ Oui, mais ça dépend où, pour la réponse.

_ Ecoutez, vous connaissant, je pense que ça vous intéressera sûrement !

_ Vous me l’avez déjà dit ! Je ne demande qu’à voir...

_ Et bien, dépatouillez-vous des embouteillages et vous saurez le fin mot de l’histoire.

_ D’accord, à tout de suite.

Au moins, je ne suis pas plus avancé que tout à l’heure, ca a vraiment l’air confidentiel. Il va falloir que je le voie en personne pour qu’il me dise en quoi consiste cette mission de vol habité extra-solaire.

 

Bientôt seize heures, voilà que la DVH pointe son nez au milieu des gratte-ciel. Où est-ce qu’ils ont caché le placard à radio-voitures ? Ah, une des nouveautés de la capitale, le garage souterrain vertical, j’espère qu’il me rendra mon véhicule dans le bon sens... L’immeuble où se loge la DVH est presque anodin dans ce grand Paris, une forme carrée couverte de glaces de haut en bas, avec un petit trou en bas pour la porte, presque anodin, sauf qu’ils ont mis des sapins sur le toit, c’est singulier pour une institution comme la DVH, j’aurais plutôt imaginé des roches lunaires ou des fleurs géantes de la lune Alphane. Je rentre pour tomber nez à nez avec la voix douce du téléphone :

_ M. Séranil ? Me dit-elle avec la même voix sulphureuse...

_ Comment avez-vous deviné ? Dis-je sur un ton espiègle, les visites n’étant pas monnaie courante à la DVH.

_ Sûrement l’instinct de la bonne secrétaire... Pour vous, ce sera le deuxième étage à droite.

_ Hmm, parfait je vais y aller par l’escalier.

J’arrive devant une porte noire ébène avec une plaque dorée apposée portant la mention :

M. Servant

- Personnel en mission -

Je frappe et j’entre. Il est là, assis derrière son bureau et lève un regard satisfait vers ma personne.

_ Entrez! Asseyez-vous, lance-t-il d’un ton impatient. Il est indéniable que ce dont il veut me parler lui tient au cœur.

_ Merci. Alors ? Fini le suspens  ou non ?

_ Hé hé, rit-il d’un grassement, c’est pour ça que vous êtes venu non ?

_ Oui, allez-y, déballez, je vais vérifier la marchandise.

_ Alors voilà, heu... Vous voulez quelque chose à boire ?

_ Oui, un jus de fruit s’il vous plaît. Et comme il me sert à boire, il commence ses révélations.

_ Vous n’êtes pas sans savoir que, l’année dernière, la DVH à envoyé une mission à la rencontre de la comète de Halley.

_ Ah oui, un franc succès, des photos fantastiques et surtout une analyse précise de la comète qui nous a bien renseignés quant à son origine.

_ Et bien ça, c’est ce que vous savez et c’est ce que sait aussi le grand public, mais il a été omis quelque petits détails.

_ Ah bon, à quel sujet ?

_ La présence sur Halley de traces d’une civilisation extra-terrestre.

_ Quel est l’indice qui vous fait penser à cette race ?

_ Et bien, je ne sais pas si vous vous rappelez la sonde Voyager de 1976, elle contenait une plaque avec des inscriptions mentionnant l’existence de la race que nous sommes.

_ Oui, il y avait même un dessin d’un homme et une femme...

_ Et bien, c’est le même genre de plaque que l’on a retrouvé sur Halley, accrochée au bout d’un pylône planté dans la comète, placé comme un panneau indicateur. A la différence près, ou à la similitude près que les personnages représentés ont plusieurs visages, dont un très proche de celui d’un humain.

_ Au moins, on sait que nous ne sommes pas seuls, c’est déjà pas mal !

_ Ce n’est pas tout...

_ Il y a autre chose sur la plaque mais ce n’est pas très clair, c’est sûrement un plan qui indique une planète mais le problème est que nous ne savons pas laquelle est-ce. Les recherches ont permis de retrouver des configurations connues qui font penser à plusieurs candidats. On en est encore à mettre au point le programme de visite de ces candidats.

_ Et moi dans tout ça ?

_ Je suis prêt à vous proposer une double mission dont le bure sera de se rendre sur cette planète. Trouver la planète ou en restreindre le nombre de candidats de manière sensible et aller faire une petite visite à ces extra-terrestres. Nous avons pensé à vous pour la double-compétence que vous possédez, l’astronome pour résoudre le mystère de cette planète et l’exobiologiste pour la rencontre avec les extra-terrestres.

_ Et quels sont les délais ?

_ Le plus vite possible, nous avons déjà commencé à préparer un vaisseau autonome qui vous permettra de voyager en supra-luminique.

_ Les grands moyens quoi...

_ Pour une grande mission...Alors, qu’en pensez-vous ?

_ J’attends de partir en mission depuis des années, ce n’est pas maintenant que je vais refuser...

_ Quand je disais que ça vous intéresserait...

 


Paris, juillet 2062

Cela fait deux mois que je patauge dans ces satanées recherches de planète... Après plus d’un moins passé dans le centre de documentation  J.P., je crois que je vais perdre l’habitude de la lumière, j’ai essayé de faire correspondre la carte de notre galaxie avec la carte de la plaque de Halley, et ceci sous tous les angles et éloignements possibles. Le résultat est très proche de celui qu’ont obtenu les astronomes de la Centrale d’Astronomie. Les recherches de concordance ont permis de trouver environ une dizaine de milliers de planètes qui peuvent correspondre à celles de la carte. Evidemment, les critères de taille qui différencient la dizaine de planètes présentes sur la carte peuvent permettre de restreindre la recherche à un petit millier, en considérant que la taille des points sur la carte n’est pas le reflet d’une autre propriété comme la magnitude. Solide casse-tête que celui-ci, le problème est que je possède beaucoup de critères permettant de minimiser la liste mais aucun ne permet vraiment de la raffiner de manière sûre. Je ne crois pas que l’on puisse considérer à la fois des notions de taille et de magnitude, cette dernière étant fonction de la position de l’observateur. Je ne vais pas pourtant visiter un millier d’étoiles dans l’espoir de trouver un indice ou une civilisation dont je ne connais même pas la nature...

J’ai déjà consulté bon nombre d’ouvrages traitant de recherches similaires à celle dont je suis chargé. Malheureusement, il n’y a pas d’antécédent dans la recherche d’une position dans notre galaxie tout entière, encore faut-il que ce soir effectivement une planète de notre galaxie! J’ai aussi poussé les recherches de l’examen de la plaque pour essayer de trouver un indice supplémentaire, tant au niveau composition physique que des traces biologiques : aucun résultat. J’ai l’impression d’être un Champollion devant une pierre de Rosette... J’ai peu d’indices permettant de recouper la position de cette foutue planète.... Je dois encore recevoir des résultats du Laboratoire de Radiostructure pour me permettre de dater cette plaque. Il y aussi un ordinateur qui tourne avec un programme de reconnaissance qui permet de faire coïncider la taille et la position des points avec les données que nous possédons. Les résultats de celui-ci seront certainement meilleurs mais mettre en correspondance une quinzaine de planètes avec les cent milliards que compte notre galaxie n’est pas une mince tâche.

Les recherches systématiques étant vaines, il faut s’orienter vers d’autres critères mais lesquels ? Mais oui ! Plutôt que d’essayer de les localiser avec ce plan, pourquoi ne pas chercher d’abord les planètes sur lesquelles il est possible d’atterrir, puis les planètes pas trop éloignées, et enfin recouper les résultats avec les précédentes recherches ! La formidable base de données de l’astrothèque me permettront de sélectionner un certain nombre de planètes sur lesquelles la vie humaine est capable de se poser.

En éliminant les planètes constituées de sols ou de couches gazeuses hostiles, les planètes trop froides ou trop chaudes et les planètes situées à des extrémités de la galaxie, je commence à recouper les données informatiques issues de la carte stellaire et celles que j’avais sélectionnées. De plus, le personnage à plusieurs têtes est en fait le signe d’un message destiné à plusieurs races de l’univers, la planète sur laquelle nous devons nous rendre est une planète accessible pour toutes ces races. Dernier calcul informatique, grâce à ce programme de recherche multi-critères par analyse sémantique, je vais pouvoir obtenir la planète la plus probable. Lancement du programme...

 

 

Voilà enfin le résultat tant attendu qui s’affiche sous mes yeux : le satellite Clarion de Bételgeuse dans la constellation d’Orion. L’ordinateur est formel, il n’y a pas d’autre candidat que Clarion, les autres ont tous été écartés par le programme de réseau neuronal étendu.

Les semaines qui vont suivre jusqu’au décollage en direction de Bételgeuse vont être importantes, il va falloir que je me prépare ainsi que le vaisseau pour un voyage qui va peut-être apporter une réponse tant convoitée à la question : « Sommes-nous seuls dans l’univers ? »

 


Kourou, septembre 2062

Neuf heures, paré pour le décollage en direction de Bételgeuse. Il y a quatre mois, à peine, je rencontrai Servant avec sa proposition de voyage vers une civilisation inconnue. Entre temps, deux mois de recherches intensives et un entraînement de fer pour pouvoir résister à un voyage de 2 ans en vie ralentie par ionisation cellulaire. Le moteur ionique de la fusée commence à gronder et je sens les innombrables forces qui me collent au siège, destination : le vide interstellaire. La première partie du voyage, la plus courte, consiste à s’éloigner de la Terre grâce aux moteurs ioniques conventionnels. Puis jouer avec la gravité et la théorie de la relativité étendue de Tavuol pour fureter à la vitesse du graviton, une cinquantaine de fois supérieure à celle de la lumière.

Voici venu le moment pour moi de ralentir mon organisme pour que la partie la plus longue du voyage me paraisse être la plus courte...

 

Constellation d’Orion, novembre 2064

Le flou que je garde devant les yeux me paraissant diminuer, je commence à voir la cabine dans laquelle j’ai pris place il y a deux ans. Deux ans ! Mon premier mouvement aura été de placer mon regard sur la pendule qui indique le seize novembre 2064. Le vaisseau est passé en vitesse sub-luminique ce qui est le signe d’une manoeuvre d’approche vers Bételgeuse.

Il est loin le temps des explorateurs de l’espace aux capacités physiques sur-humaines, en 2064 un entraînement quotidien pour garantir un réveil dans une bonne forme suffit. Les conditions de voyage sont des plus tranquilles comparées à ces aventuriers du trou noir du début du siècle. Mais il faut avouer que mon dessein est noble, je vais peut-être retrouver des traces de cette race assez mystérieuse pour laisser des messages sur une comète.

Le vaisseau s’est retourné, signe d’une décélération imminente. Je vais bientôt me retrouver en orbite autour de Bételgeuse...

Autour de Bételgeuse, le spectacle est des plus commun, cette masse de gaz en effervescence semble se réveiller à mon approche, on dirait que les couleurs se fondent comme sur une palette de peintre où les traits et taches de couleur les plus diverses se chevauchent et s’alignent. De plus, on peut distinguer, à l’intérieur, des noeuds sûrement dus à des perturbations atmosphériques. Comment ne pas imaginer cette planète comme une forme vivante en mouvement avec ces petits yeux qui vous regardent.

Je lance les senseurs pour obtenir le plus d’informations au sujet de cette planète et de son satellite, destination de cette mission. Il est important de recueillir un large éventail d’informations afin de fournir aux astronomes un pedigree complet de Bételgeuse. En même temps je règle l’ordinateur de bord pour mettre le cap sur Clarion. Durant l‘exécution de la manoeuvre, j’aurai le temps de faire mon rapport et de me préparer pour rendre visite à ce caillou de l’espace.

C’est le troisième moment important de la mission ; Après le décollage et l’atterrissage, il faut affronter l’atmosphère. La première porte s’ouvre pour me laisser me glisser dans le sas de sortie ; Elle se referme aussitôt pour laisser les pompes faire le vide. La deuxième porte s’ouvre pour me laisser l’accès à cette planète déserte. Poser le pied sur un sol peut révéler bon nombre de pièges, une mer de poussière comment on en croyait recouverte la mer de la tranquillité sur la Lune, ou une dépression subite qui vous envoie valser dans le vide interstellaire. Il est donc de rigueur de se tenir sur ses gardes. Un pied, rien. Un deuxième, rien de plus. Le troisième point chaud de la mission semble se passer de  manière satisfaisante, maintenant il faut se mettre à la recherche.

A la recherche de quoi ? Je ne sais pas sous quelle forme peut bien se matérialiser les traces d’une civilisation peut-être éteinte en regard des dimensions de notre galaxie. La recherche que j’effectue sur Clarion avec mon engin à roues, moyen de transport le plus pratique dans ce monde presque sans gravité, relève plus de la promenade que d’une expédition. J’ai atterri sur cette planète rouge brique depuis deux heures et je multiplie les recherches depuis. Je vais me diriger vers le relief car la recherche de chaleur et de mouvement c’est révélée infructueuse, de plus l’absence d’atmosphère me confère une excellente visibilité. J’arrive donc au sommet d’une colline qui se situe à peu près mille mètres au-dessus du niveau de la plaine ou je me suis posé. Il faut avouer que ma tâche de recherche est plutôt aisée considérant le fait que cette planète est lisse hormis quelques rocher çà et là. D’un premier regard circulaire, je commence à scruter l’horizon mais la lumière faible de Bételgeuse éclairant cette face ne me permet pas de déceler quelconque indice. Il va donc falloir que j’attende que le jour se lève sur cette face obscure et mystérieuse. Petit à petit je découvre le paysage qui se déroule sous mes yeux. Ce n’est que sur une lune de dimensions modestes comme Clarion que l’on peut voir le jour courir le long de la planète comme si un Dieu m’éclairait avec un projecteur. Les formes défilent et les monts et vallées se découvrent petit à petit. Mes yeux paraissent me trahir mais c’est bien le même genre de pylône que sur Halley que j’aperçoit au loin, signe du point de rencontre avec la race extra-terrestre, je ne me suis pas trompé... Je mets donc le cap droit sur ce pylône.

L’approche semble interminable tellement l’envie de voir ce qui peut bien se cacher à l’abris de ce pylône me tiraille. De plus le manque d’activité laisse supposer que la vie n’est pas présente sur cette planète ou alors sous une forme différente de la notre. Le suspens ne va pas durer longtemps, j’approche du but. Le pylône de Clarion est d’une taille semblable à celui de Halley, sauf qu’à la base se trouve une ouverture qui permet de pénétrer à l’intérieur. Cette ouverture est une invitation, j’entre... Rien de plus qu’une alcôve équipée d’une tablette. J’imaginais que ce pylône était l’entrée d’un monde souterrain, mais j’ai face à moi une salle de commandes d’un système qui à l’air totalement archaïque. Triste consolation que cette découverte après avoir traversé le système solaire. Un rapide tour d’horizon de cette salle me permet de déduire que l’unique dessein de cette pièce est d’abriter le pupitre de commandes. De part leur forme et couleur, tous les boutons du pupitre sont semblables, on peut juste les différencier par le pictogramme qui se trouve sur la face supérieure. Mon cerveau embrumé par deux ans d’hibernation totale ne m’a permis de faire immédiatement la corrélation avec la plaque de Halley. On retrouve sur chacun des boutons ce qui est gravé sur la plaque de comète. Parcourant des yeux les différents boutons je n’ai pas de mal à reconnaître celui qui me concerne. Je pose donc précautionneusement un doigt sur le bouton. A peine effleuré, mon cœur se soulève de terreur. Les murs commencent à trembler et l’alcôve tourne dans un maelström de couleurs. Cette étrange impression ne dure que quelques secondes et je me retrouve dans une pièce fermée sans ouverture, de couleur unie...Finalement, l’impression de déception commence à s’estomper... Selon toute vraisemblance, je viens d’être téléporté dans un autre lieu.

 

A l’intérieur...

Je suis dans une salle blanche immaculée aux  murs constitués de petites parois d’un mètre de large. Un léger sifflement se laisse entendre, juste assez pour déclencher une migraine. Après un bref temps d’adaptation je me demande encore quelle peut bien être le dessein de tout ceci. Voici que l’un des panneaux du mur se soulève et qu’apparaît une étrange machine. C’est un cube de métal d’une cinquantaine de centimètres qui flotte à un mètre cinquante du sol. Elle est dotée d’une ouverture sur l’avant, les quatre faces étant munies de bras se terminant néanmoins sans l’équivalent d’une main. Le dessus du cube est coiffé d’un enchevêtrement de tubes faisant penser à une coiffure de gala ou à une canalisation d’eau. Le plus étrange est que cette chose parle le français :

_ Bienvenue sur Gamma Centauri, vous pouvois enlever les combinaisons. L’air qui est regnant ici bon pour vous...

Le style du langage cube est élémentaire à souhait et les fautes ne manquent pas mais je comprend quand même le sens. D’ailleurs le senseur de ma combinaison m’indique un air respirable, les tests de virologie indiquent aussi qu’il n’existe aucune corps susceptible de nuire à ma santé. La méfiance est de rigueur dans un environnement hostile et je crains ne pas me décider tout de suite.

_ Ne vous inquiétons pas pour le mouvement un peu brutal qui vous a descendu ici, mais c’est le seul vol qui est d’une sécurité entière pour vous.

Il faut avouer que le langage de cette machine me sidère, un effort assez important est nécessaire pour en assurer la compréhension, mais elle semble parler un français clair.

_ Je conseillez vous de prendre ce écouteur pour avoir une langue française parfaite, ma connaissance de votre forme de communication étant limitée.

A ce moment, deux des quatre bras se dirigèrent vers une paroi qui s’ouvrit à leur approche, derrière se trouve un vulgaire casque de baladeur. Sans même toucher le casque, comme par magnétisme deux des quatre bras se mirent autour et revinrent tout simplement en attirant le casque jusqu'à moi. Les capacités du cube sont des plus surnaturelles, en plus de la connaissance de la langue française, il semble doté d’une technologie la plus moderne qui soit.

J’ôte donc ma combinaison pour revêtir le casque de baladeur devant m’aider à la compréhension..

Maintenant la chose ne s’exprime plus à « voix haute » mais les parole sont retransmises par le casque.

_ J’espère que mon langage est meilleur avec le traducteur...

_ Heu oui... Quel genre de machine êtes vous ? Lançe-je d’un ton énergique.

_ Je suis Cardol, le représentant de ma race.

_ De votre race ? Vous voulez dire une race de machine ?

_ Non, je pense que les Polimen sont des être doués de conscience au même titre que vous...

_ Vous oseriez dire que vous n’êtes pas une machine ? La pilule est dure à avaler...

_ C’est pourtant la vérité...

_ Pourquoi un corps de métal alors ?

_ Nous sommes la plus vieille civilisation de la galaxie et nous avons réussi à nous affranchir de toute enveloppe corporelle et placer notre centre de pensée dans ce que vous appelez une machine.

_ Mmm pratique, pourquoi m’avez vous attiré jusqu’ici ?

_ D’après les analyses que nous avons pu faire, vous êtes un être de la planète terre parlant la langue française... Ce lieu est votre point de rencontre avec nous, n’est-ce pas intéressant ?

_ Comment le savez-vous ?

_ Nous vous connaissons dans les moindres recoins de votre anatomie et vos ondes cérébrales indiquent une présence de langue française. Si vous êtes ici, c’est que vous êtes arrivés à trouver le message sur la lune ou la comète de votre système solaire. Votre technologie et votre niveau de connaissance est donc suffisant pour nous rencontrer. Vous pouvez vous sentir heureux d’être le premier...

Comment croire que ces êtres à l’apparence de machine à laver puissent être capables de nous observer lorsque nous vivons sur terre de la même façon que nous observons des bactéries dans un microscope ? A la différence près que nous ne pouvons capter aucune onde cérébrale venant de la bactérie.

_ Oui, mais comment est-ce que vous nous observez ?

_ Nous vous observons pas à distance, nous vous avons étudié de près la dernière fois que vous êtes venus ici, il y a dix-huit mille de vos années solaires.

_ Comment venir ici sans vaisseau spatial ni technologie ?

_ Mais c’est nous qui avons été vous chercher !

Résumons, le cube de métal prétend être un être vivant, de plus il me connaît comme s’il m’avait fait, pour finir les humains sont déjà venus ici. Ca fait beaucoup pour une journée. Ce qui me surprend le plus est la vitesse à laquelle le cube répond à mes questions et ce sentiment de vouloir absolument tout me dire.

_ Pourquoi avez-vous l’air si pressé ?

_ Mais c’est parce que si vous voulez rejoindre les vôtres, il va falloir faire vite, le temps ici n’est pas le même que sur Terre, nous sommes dans un trou noir...

En tant qu’astronome je connais bien les caractéristiques d’un trou noir, cette planète tellement dense est dotée d’une gravité hors normes, tellement intense que même la lumière est incapable d’échapper à son attraction. De plus la relativité nous montre que d’après les caractéristiques physiques de cette planète le temps s’y écoule plus doucement qu’à la normale, comme si l’on voyageait à une vitesse proche ou supérieure à celle de la lumière.

_ Un trou noir ! Mais comment est-ce possible ?

_ Nous vivons justement ici pour bénéficier des temps d’expérience les meilleurs, ici une de vos années n’est qu’un court moment. Mais suivez-moi, j’ai quelque chose à vous montrer...

Je le suit, quelques mètres en retrait et nous arrivons dans un local qui doit vraisemblablement être une salle de contrôle. Au centre, sur le mur, se trouve un gigantesque écran de visualisation montrant des créatures de toutes sortes évoluant dans les milieux les plus divers. A portée de main se trouve un pupitre comportant de divers voyants divers et des instruments de toutes sortes. A l’écran on peut voir d’un côté des êtres évoluant dans un liquide, peut-être de l’eau. Il y a aussi des êtres terrestres, d’autres semblent planer, une véritable réserve naturelle.

_ C’est ici que nous dirigeons nos expériences...

_ Quelles expériences ?

_ Le thème est la vie ! Ou plutôt son introduction et son développement !

_ Comment cela ?

_ Nous avons pour projet de faire de cet univers un foisonnement de vies sous toutes les formes possibles, mais le développement de la vie n’est pas une mince affaire, il s’agit de l’aider. C’est pourquoi nous avons ces locaux qui permettent d’étudier et d’insuffler à une forme de vie le petit catalyseur qui fera d’elle une race de l’univers comme la votre.

_ De quel catalyseur parlez-vous ?

_ De la conscience cher ami ! L’unique chose qui manque à une forme vivante pour évoluer et se doter d’une technique... !

_ Et comment opérez-vous ?

_ Nous agissons sur une partie de l’organe dirigeant la vie, par exemple sur votre cerveau, pour le transformer à l’aide de micro-organismes qui sont programmés pour faire les modifications nécessaires à la conscience. Il s’agit plus d’encourager le cerveau à prendre conscience de lui-même que de le modifier, ce n’est possible que si les êtres vivants en ont la capacité.

_ J’ai du mal à croire qu’une telle chose soit possible !

_ C’est pourtant bien le mode opératoire que nous utilisons...

_ Mais comment pouvez-vous agir sur toute une population ?

_ C’est inutile, il suffit de choisir des spécimens disséminés de manière adéquate pour que la sélection naturelle et la reproduction construise un peuple !

_ Vous disiez ne sont pas toutes les formes de vies qui sont candidates à un tel traitement...

_ Oui, il faut enlever celles qui sont morphologiquement incapables d’acquérir la conscience et de l’utiliser . Par exemple, les êtres incapables de communiquer ou ceux que leur milieu handicape gravement... Mais aussi les races qui ont déjà acquis la conscience de manière naturelle.

_ Comme la notre par exemple...

_ Je ne crois pas !

_ Comment ça ?

_ Vous êtes parmi nos plus beaux sujets d’expérience...

_ Voulez-vous dire que nous aurions été transformés par vos soins pour acquérir la conscience ?

_ Tout à fait, il y a de cela quelques milliers d’années un grand nombre de spécimens humains ont été conservés dans un milieu accueillant  afin d’obtenir l’essentiel. Les humains ont fait partie des nôtres, comme ceux que vous voyez  actuellement  sur l’écran.

_ Incroyable !

_ Voulez-vous voir les tridis d’archives ?

_ Vous voulez dire que vous avez encore les images d’archives ?

_ Oui, bien sûr !

_ Je serai curieux de les voir !

_ Et bien suivez-moi !

Alors que je suis le Polimen, j’ai le frisson de la découverte qui me remonte le long de l’échine. Je me demande encore comment je peux croire à toutes ces révélations. Une race qui fait d’animaux une forme de vie consciente. Elles sont loin les théories d’évolution naturelle, il y a bien eu un saut dans l’évolution et non des moindres !

_ Quand nous amenons des créatures telles que les humains ici, il faut que la salle d’expériences soit une réplique exacte du milieu naturel. C’est pourquoi nous avons reproduit un paysage de votre Terre natale.

Je vois, en trois dimensions de manière tout à fait réelle, un espace vert, des arbres, des fleurs, placés çà et là des rhododendrons, marguerites, coquelicots, pommiers, sapins. Des arbres plus ou moins grands, des fleurs en massifs ou des fleurs des champs, dans un mélange surnaturel digne du plus fou de tous les jardiniers. Oui, plutôt un jardin, un jardin représentatif des espèces végétales de la Terre, tout ça placé de manière presque aléatoire par les Polimen. J’ai devant moi des couleurs intenses mélangées les unes aux autres, le tout traversé par des rais de lumière éclatante, c’est un spectacle hallucinant et fantastique, le jardin des Polimen.

_ Je vais vous montrer vos semblables lorsqu’ils ont été introduits.

La caméra fit un mouvement d’ascension pour donner une vue d’ensemble du jardin, il était immense et on voyait à des endroits différents du jardin des formes bouger et évoluer. Enfin, il y eut un zoom en direction d’un groupe d’êtres humains tels qu’on les représente dans les livres d’histoire naturelle : une boîte crânienne carrée, recouverts de poils et légèrement courbés vers l’avant. Il sont néanmoins en posture verticale et dans leurs yeux se voit un regard hagard d’animal perdu.

_ Les voici tels qu’ils étaient avant l’acquisition de la conscience.

_ Ils relèvent plus de la bête sauvage que de l’humain...

_ C’est pourquoi ils sont venus ici ! Maintenant, faisons un saut dans le temps de quelques semaines, après les avoir étudiés et modifiés...

Il m’apparut un couple d’humains qui, cette fois-ci, ne végétait pas. Ils semblent curieux de voir le milieu dans lequel ils vivent, les attitudes relevaient plus de l’humain que de la bête. Je me plaît à regarder nos aïeuls évoluants dans ce jardin, ce jardin d’Eden en quelque sorte... C’était bien le jardin d’Eden que j’avais en face de moi. Le couple d’humains étant l’exemple type d’Adam et Eve telle que la bible en parle, le Dieu étant tout simplement les Polimen. C’est la révélation, la bible n’avait pas menti... Elle parle d’un jardin ou l’homme et la femme ont été placés pour évoluer, tous deux sous l’égide de Dieu qui les regarde, les éduque. Mais l’homme commet la faute, il mange la pomme et ils se retrouvent simples mortels, ils redescendront sur Terre pour y vivre dans des conditions dures, la femme enfantera dans la douleur a dit Dieu, c’est elle qui aurait influencé l’homme. Le jardin d’Eden de la bible c’est l’endroit ou Dieu regarde les humains, sa création mais leur dessein sera de vivre sur une Terre semée d’embûches. Le jardin d’expérience des Polimen, c’est l’endroit ou les humains sont placés par les Polimen pour acquérir la conscience. Il est évident que la jardin dont parle la bible ne peut être que celui-ci. Des générations se sont transmis l’image qu’ils gardaient de ce lieu. Dans ce 21ème siècle c’est cette image de la bible qu’il nous reste du jardin des Polimen. Je n’ai jamais cru à des légendes inventées de toutes pièces, il y a toujours un fond de vérité dans les écrits des anciens, il faut arrêter l’incrédulité qui tend à tout nier en bloc et la crédulité qui elle, prend comme vérité les écrits de la bible, la vérité est toute autre. Je pense que les générations à venir prendront conscience d’un telle révélation et que bientôt renaîtra l’esprit critique qui seul, est capable d’appréhender de telles véritées.

Dure journée que celle que je vient de vivre. Il m’a fallut moins de quelques heures pour répondre à une question que des générations de scientifiques, philosophes et théologiens n’ont pu élucider : Qu’est-ce que Dieu ?